• Le vice et la vertu

     

     

    Le vice et la vertu

     

    Les yeux légèrement baissés sous sa voilette,
    D’un petit pas léger, elle marchait vers le chœur,
    Son allure et sa grâce illuminaient la nef
    Et pourtant, elle tremblait, tout au fond de son cœur.

    Elle allait à confesse et n’aimait guère parler,
    Des tourments de son cœur à ce prêtre étranger.
    Pourtant il le fallait, car elle avait pêché,
    Et elle avait appris qu’il faut savoir expier.

    Qu’avez-vous fait, ma fille, qui mérite attention,
    Vous me semblez si douce, disait le moinillon ?
    Mais en mon cœur, mon père, il n’y a que tourment
    Car ma tête commande à mon corps défendant.

    Allons, racontez-moi, disait encore l’abbé,
    Curieux de tout savoir et de s’en régaler.
    J’ai fait l’amour, mon père, et toute une journée,
    Avec un vrai plaisir, et sans aucun regret.

    J’ai donné à un homme et mon corps et mon cœur,
    Et dès qu’il me caresse, je ne sais que frémir,
    Tous les moments passés, sans lui, me sont horreur
    Je ne vis que pour lui et que par le désir.

    Vous me direz, ma fille, au moins deux cents Ave
    Quelques Pater aussi, et il faudra prier,
    Il faut vous repentir, car le lit est pêché
    Et Dieu qui voit en nous, doit en être choqué.

    Elle dit tous ces Pater, et prières, et Ave,
    Et regretta vraiment, de n’être point très sage.
    Mais dès qu’elle fut sortie, elle ne fut plus que rage,
    De rejoindre l’amant que son corps réclamait.

    En marchant doucement, dans l’étroite ruelle,
    Elle se voyait déjà, le corps nu et offert,
    Entre les douces mains de cet amant expert,
    Qui lui brûlaient la peau et la rendaient si belle.

    Je dirai des Ave, je prierai à genoux,
    Demanderai à Dieu de tout me pardonner,
    Mais je ne peux pas vivre sans ce plaisir si doux,
    Dieu sait être indulgent pour ceux qui ont fauté.

    © Marie Le Corre, 31 mars 2006

     

    « Les crayons de couleurIroise »

  • Commentaires

    1
    Mardi 27 Juin à 08:45

    Est-ce vice d'aimer ?

    Est-ce vertu que Pater et Ave multipliés ?

    Nous sommes corps et âme

    et point simple esprit

    Dieu qui est amour

    reconnaît bien les siens !

     

     

      • Mardi 27 Juin à 09:01

        Je ne peux être que de ton avis, la religion a imposé des choses qui de mon point de vue ne sont pas de sa responsabilité... Heureusement elle évolue doucement... et en attendant, que le corps exulte !

    2
    Claire Mével
    Mardi 27 Juin à 09:03

    J'ai souri tout au long de la lecture de ce poème ravissant. Il était une fois c'était comme ça, à présent les moeurs se sont libérées, heureusement... et le sens du péché est ailleurs. Bisous.

    3
    Mardi 27 Juin à 09:20

    Je crois l'avoir déjà lu sur un de tes sites mais je l'apprécie suffisamment pour avoir grand plaisir à le relire. Bises.

    4
    Linda Weber
    Mardi 27 Juin à 09:21

    Extra! c'était comme ça autrefois et c'est amusant avec tes mots de faire ce retour arrière dans le temps. Il a bien sa place dans la catégorie Humour.

    5
    Mardi 27 Juin à 09:23

    Un poème qui fait beaucoup sourire mais qui heureusement n'est plus d'actualité. Plus personne ne se confesse pour ce genre de petits plaisirs de nos jours. Je t'embrasse.

    6
    Mardi 27 Juin à 11:11

    Il n'y a que la perversité qui pourrait éventuellement être un péché, mais l'Amour n'est qu'une douce tendresse !

    7
    Alain
    Mardi 27 Juin à 12:26

    Il est primordial de préciser que sa tête était revêtue d'un voilette, avec un voile la suite de l'histoire aurait été hélas différente.

    8
    Micky et JP
    Mardi 27 Juin à 14:59

    Un poème qui donne goût au péché bien sûr et pas à la repentance. Bisous.

    9
    Mardi 27 Juin à 15:00

    J'aurais aimé être le curé!!!

    10
    Andrée Fournier
    Mardi 27 Juin à 15:02

    Il y a belle lurette que ce genre de petites évasions sensuelles ne culpabilisent plus. Merci Marie j'adore le ton de ce poème.

    11
    Mardi 27 Juin à 17:31

    Bonsoir Marie

    J'en aime le rythme et la tessiture des mots ciselés

    Quand à faire pénitence pour toute cette beauté offerte ... que de frustrations 

    Merci de ce beau partage

    Bisous

     

    12
    Mardi 27 Juin à 21:33
    Désuet et amusant. Qui se confesse de nos jours ? Pourtant ils auraient probablement de quoi se regaler nos chers curés...
      • Mercredi 28 Juin à 05:48

        Je suis bien d'accord, les curés auraient de quoi faire à notre époque. Mais la confession doit se faire de plus en plus rare et même quand j'étais gamine et que mes parents me collaient au catéchisme et plus tard à faire mes études secondaires chez les nonnes, j'ai toujours été anti confesse, partant du principe que si Dieu voyait et entendait tout, il n'avait pas besoin d'intermédiaire pour nous juger et être conforté dans l'idée que nous étions très imparfaits...

    13
    Mercredi 28 Juin à 05:50

    Je suis pour les pécheresses et les pécheurs. Bisous Marie, j'aime ce poème plein d'humour.

    14
    Mercredi 28 Juin à 05:51

    J'aime tes poèmes un brin sensuels et j'aime ce personnage qui suit son corps en même temps que son coeur sans se soucier vraiment du bien et du mal.

    15
    Yann Quilmeur
    Mercredi 28 Juin à 08:52

    Le vice (mais peut on parler de vice) et la vertu de ces temps là est bien dépassé et c'est tant mieux. Vive l'amour! et pendant qu'on le fait on ne pense pas à la guerre.

    16
    Jeudi 29 Juin à 08:45

    Bonjour Marie,

    Cela me rappelle les obligations de se confesser d'avant qui me faisaient trembler de peur d'autant plus, qu'à cette époque, mes péchés étaient aussi maigrichons que je l'étais ! Quant au péché de chair qu'ils étaient bons dans mes rêves car les princes étaient toujours charmants, j'aimerais bien les revivre !!! 

    Pardon pour le retard mais je n'ai pas reçu ta newslettter et les soucis ne s'arrangent pas hélas...

    Gros bisous et merci pour l'humour !

    Annie

     

    17
    Maya
    Vendredi 30 Juin à 05:48

    On ne peut s'empêcher de sourire à la lecture de ce poème qui relate un temps pas si lointain où les moeurs étaient moins légères...

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :